La richesse du conte tient surtout à l'humour de la caricature et à l'imagination débridée de Rowling. Si on a peur, si les monstres sont vraiment monstrueux, si la mort rôde et frappe, on rit quand même beaucoup. Il y a d'abord un aspect ludique, gratuit, voire poétique : ainsi, la « grosse Dame » dans son cadre, sorte de concierge de Poudlard, qui ouvre la porte de la Tour si on lui donne le mot de passe, et qui parfois reçoit une amie, une dame d'un autre cadre ; la « pensine » aussi, aux reflets de lune, qui permet de se vider l'esprit quand il déborde de pensées et de souvenirs... Caricature sociale, aussi, avec le discours syndical d'Hermione qui veut créer le Front de Libération des Elfes de maison ; avec cette journaliste à la recherche de scoops pour La Gazette du Sorcier et dont « la plume à papote » rédige des articles mensongers qui influencent l'opinion. Mieux encore, satire de la « comédie humaine » qui dénonce les hommes tels qu'en eux-mêmes, aveuglés par le pouvoir et les passions. Tout cela avec la légèreté d'une écriture féminine qui s'amuse, en sortant gentiment les griffes.
Placé sous le signe symbolique du Feu, le conte est initiatique. À l'issue d'un combat contre le Mal, Harry va renaître, comme le phénix qui l'assiste dans l'épreuve. Il apprend que la solution à nos problèmes n'est pas dans les coups de baguette, fût-elle magique, mais en nous... Dans la « bravoure », dans l'amitié et la fidélité aussi. Il est des banalités toujours bonnes à rappeler à toute époque. Et puis encore, il y a ce professeur Albus Dumbledore, si sage, si humain, si juste ; lui qui dit à Harry : « Il est nécessaire de comprendre la réalité avant de pouvoir l'accepter et seule l'acceptation de la réalité peut permettre la guérison », et plus loin : « Endormir la douleur pendant quelque temps ne la rendra que plus intense lorsque tu la sentiras à nouveau ». Dumbledore psychanalyste ? Pourquoi pas. Après tout, les Détraqueurs que doit affronter Harry sont bien responsables de dépressions monstrueuses. Alors, Harry parle et « c'était un peu comme si on lui extrayait un venin du corps ».
Le conte s'achève sur un hymne à la volonté, à l'apprentissage et à la puissance du Verbe. À l'amitié entre les peuples également : « Les différences de langage et de culture ne sont rien si nous partageons les mêmes objectifs et si nous restons ouverts les uns aux autres. » (discours final de Dumbledore)